Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 18:57

           _ Junya ?

         Les trois visages qui me font face me sont familiers, j’en suis certain. Pourtant je n’arrive pas à leur associer un nom. Des coups d’un soir ? Une chose est sûre au vue de leur jean de marque et leur coiffure plein de gel, il s’agit certainement d’une tripotée de fils à papa.

         _ Si c’est Junya, affirme l’un, je croyais que tu avais quitté la ville.

         Ils sont tous les trois du même acabit, taille moyenne. Seul celui de droite semble particulièrement grand, à peu près du gabarit de Stephen.

         _ Pourquoi est-ce que j’aurai quitté la ville ? Fais-je d’une voix lasse.

         Je fais mine de les contourner mais celui qui vient de parler (je remarque au passage qu’il arbore toute une série de piercing sur l’oreille droite) me rattrape par le bras. Je baisse lentement les yeux vers sa poigne puis le fusille du regard.

         _ Hey attend, fait-il, Fred crie partout que ton père t’a déshérité et que tu as fui la queue entre les jambes.

         _ …Fred ? Ah lui ? Et ?

         _ Et quoi ? Tu veux dire que c’est vrai ?

         Le garçon aux piercings échange un regard étonné avec ses acolytes. Une belle brochette de bourges inutiles, en somme. Je me dégage d’un coup d’épaule et veux partir mais à nouveau l’un d’eux me rattrape.

         _ Tu es pressé ? Si tu es tout seul viens avec nous.

         _ Je suis pressé, lâche-moi.

         C’est un ordre, de ceux que je lançai tout le temps lorsque je n’étais pas encore tombé de mon piédestal. Mais il faut davantage que la perte de mon héritage pour me destituer de ma fierté et mon arrogance.

         _ Attends !

         Celui aux piercings, je crois qu’il s’appelle Zack, me rattrape encore.

         _ Fais pas ta pucelle, et arrête de nous regarder avec ces yeux hautains ! S’énerve-t-il. Sans le fric de ton père tu n’es absolument rien.

         Je lui fais face et, nullement effrayé, approche mon visage à quelques millimètres du sien pour lui siffler d’un ton acide :

         _ Je pourrai être le plus pauvre de la terre que j’aurai toujours plus d’importance que toi. Quoi ? Je suis sûr que tu veux juste attirer mon attention parce que tu as envie que je te passe dessus, hein ?

         Zack m’attrape par le col.

         _ Le seul qui veut qu’on lui passe dessus, c’est toi, rétorque-t-il. T’aimes ça si je me souviens bien, la violence, t’aimes qu’on te traite comme une chienne.

         Je n’essaie pas de me dégager et garde un calme olympien qui le fait enrager davantage. Je sourie légèrement puis fait mine de détourner les yeux.

         _ En quoi est-ce que mes goûts te regardent ? Ce n’est pas toi qui en profiteras de toute façon, fais-je de la voix la plus méprisante que je possède.

         Il jure puis détourne un instant les yeux pour grommeler :

         _ Ah c’est ça que je déteste chez toi, arrête de te prendre pour un roi. Tu crois qu’on n’osera pas te toucher ?

         _ Essaie, susurre-je du bout de la langue.

         _ C’est une menace ? Rie-t-il. Qu’est-ce que tu vas me faire hein ? Aller pleurer dans les jupes de ton père ?

         _ Tu penses vraiment que mon père est le plus dangereux ?

         Zack hurle presque, ma voix glisse comme un sifflement.

         _ Ne lui parle pas comme ça, intervient le plus grand, je vais te refaire le portrait !

         _ Max ! L’arrête Zack. J’ai une bien meilleure idée, il est bien temps qu’on lui apprenne les bonnes manières.

         Zack semble fulminer de rage et m’entraine comme il peut. Je ne fais aucun effort pour lui résister et me laisse faire. Les deux autres m’entourent comme s’ils avaient peur que je cherche à m’enfuir. Mais n’ayez crainte, j’ai besoin de me défouler aujourd’hui, je ne vous ferai pas faux bon.

         Nous atterrissons dans une rue déserte à cette heure, éloignée de la rue des bars. Quel manque d’imagination ! Mais un manque d’imagination qui reste efficace. Même si quelqu’un passe personne ne prendra le risque de me venir en aide. Comme si j’en avais besoin.

         Zack me pousse contre le mur sans ménagement et crache :

         _ Tu fais moins le fier hein ? Où est passé ton petit chien de Stephen ? Il n’y a personne pour te protéger maintenant.

         _ Me protéger ? Reprends-je d’une voix cinglante, je n’ai jamais eu besoin de qui que ce soit pour me protéger, tu as oublié ?

         Zack me gifle aussitôt puis affiche un sourire goguenard et fier de lui. Ma joue me brûle et mes cheveux s’éparpillent sur mon visage. En moi, quelque chose s’agite.

         La seconde suivante mon poing casse net le nez de Zack qui tombe lourdement en arrière. S’ensuit une second de battement durant laquelle ses deux acolytes sont trop surpris pour faire quoi que ce soit. Zack se tord sur le sol et porte ses mains contre son visage douloureux.

          Je profite de leur inattention pour me jeter sur le plus grand et lui assener un autre coup de poing. Plus résistant que Zack il se contente d’être déstabilisé et balance une droite en retour, que j’évite agilement.

         _ Butez le moi ! Hurle Zack.

         Le troisième, qui s’était accroupi près de lui, se redresse pour me faire face à son tour. Je suis coincé entre eux deux et le mur derrière moi. Impossible de reculer. Mais je n’y ai même pas songé. Je balance un coup de pied qui plie en deux le plus petit et sens l’instant qui suit deux mains puissantes m’attraper par les épaules et me jeter en arrière. Il est plus fort mais je me défends avec une hargne portée par une colère que je retiens en moi depuis de trop longues semaines. Ceux que je frappe prennent tour à tour le visage de mon père, celui de ma mère, de Stephen et même de Saï. Je veux me venger de tous ceux qui ont fait grandir ce malaise en moi, qui m’ont fait me sentir abandonné. Non, qui m’ont abandonné.

         Tous deux essaient de m’immobiliser mais mon agilité me permet de leur glisser entre les doigts. Et lorsque l’un parvient à m’attraper le bras ou autre, je plante mes dents dans sa chair jusqu’au sang. Derrière eux Zack s’est à demi relevé et ne cesse de crier : « mais attrapez le, butez le ! » Le plus grand finit par arriver à se glisser derrière moi et passe ses bras sous les miens pour m’immobiliser. L’autre tente de m’atteindre mais je lui assène un coup de pied qui le fait hurler. Toutefois la poigne de celui qui me tient est trop puissante pour que j’arrive cette fois à m’en défaire facilement. Je m’agite dans tous les sens, donne des coups de pied mais rien n’y fait. Puis je vois la lueur sur la lame.                                    

         J’ignore ce qui s’est bloqué en moi mais quelque chose, indubitablement, a cessé de fonctionner à l’instant même où le troisième a sorti le couteau de sa poche. Un petit couteau à cran d’arrêt mais qu’il brandit devant lui pour me menacer. Je sens mon corps entier frémir et ai l’horrible impression de sentir à nouveau la lame s’enfoncer entre mes côtes pour déchirer mes chairs. « Si tu ne viens pas avec moi, tu n’iras avec personne. » Tout son se bloque dans ma gorge et mon visage prend l’image d’une expression désespérée.

         Je me sens jeté à terre et les coups de pieds pleuvent aussitôt. Je dois me relever, je veux me relever. Relève-toi ! Je serre les poings mais mon corps refuse de m’obéir. Une peur sourde et viscérale gronde quelque part en moi. Je n’arrive pas à chasser la vision de cette lame dirigée vers moi dans une attitude clairement offensive. La terreur me tétanise. Des mains m’attrapent et me relèvent, deux coups de poings me projettent contre le mur. Je sens alors deux corps, deux pairs de mains me saisir les poignets et me maintenir contre la paroi.

         _ Tu vas me payer ça, siffle Zack.

         Le sang ruisselle sur son visage et la douleur perce facilement dans le timbre de sa voix. J’entends le cliquetis de sa ceinture puis deux mains viennent descendre mon jean jusqu’à mi-cuisse. J’essaie de me dégager, me débats, mais ne perçois que le rire vainqueur de Zack et de ses acolytes lorsqu’il me pénètre d’un coup de hanche brusque et m’arrache un cri de surprise. Ma joue râpe contre le mur de crépis à chaque coup de butoir et je me mords la joue pour ne pas crier. La douceur de Saï m’a fait perdre l’habitude d’endurer ce genre de violence.

         Le temps s’étire, l’instant semble interminable. L’obscurité nous entoure et nous imprègne, nous ne sommes qu’une masse sombre et indistincte dans la rue. Zack joue des reins, il veut me faire mal, il est le genre de personne qui prend goût à la violence. Et physiquement, il réussit. Il a été particulièrement gâté par la nature et la pénétration, à sec, donne l’impression de me déchirer les entrailles. Ses halètements s’intensifient dans le creux de mon oreille et, fier de sa domination, il débite une série d’obscénités et d’insultes qui génèrent un rire moqueur autour de lui. Je serre les dents de rage, mais il est trop tard. Il est inutile de se débattre. Je ferme les yeux par instinct et pince les lèvres. J’attend.

         Zack soupire d’aise et prends le temps de savourer son plaisir avant de se retirer et de refermer son jean. Fort du pouvoir dont il vient de faire preuve il pose une main sur ma tête et me caresse lentement les cheveux, avant de souffler :

         _ Ton cul est toujours aussi bon Junya, il faudra qu’on se refasse ça un de ses quatre.

         _ Crève, crache-je d’une voix rauque.

         Sa main agrippe mes cheveux et claque ma tête contre le mur puis il s’adresse aux deux autres :

         _ Vous voulez vous le faire ?

         _ Ce n’est pas aujourd’hui que je me ferai un mec, répond le premier, ça va ton nez ?

         _ Non, ça va pas, grommèle Zack. Je crois qu’il est cassé.

         _ Allons à l’hôpital, on aura bien l’occasion de le finir une autre fois.

         Zack acquiesce et les mains qui m’empoignaient me jettent à terre. Je reçois un dernier coup de pied avant d’entendre un rire bref et moqueur, avant que les pas ne s’éloignent.

         Le trottoir est dur. Mon souffle est court, mes mains tremblent. Mon cœur déborde de haine. Ma gorge est sèche et, en voulant inspirer, je suis pris d’une quinte de toux.

         Je fini par me lever doucement. Je grimace sous la douleur, vacille puis me rhabille tant bien que mal avant de m’appuyer contre le mur.

         La rue autour de moi est toujours déserte. Une fois debout je la contemple un instant sans penser à rien. Ma colère s’apaise légèrement pour se changer en amertume. Mon souffle tremble, mes lèvres aussi. Elles inspirent un air au goût âcre. Quelle heure est-il ? Un coup d’œil à ma montre m’apprend qu’à peine une demi-heure s’est écoulée depuis que j’ai quitté Saï. En réalité tout s’est passé très vite.

         Je sors mon portable et pense à l’appeler. Il doit être en train de me chercher et s’inquiète sans doute. Mais je sens un filet de sang couler sur ma joue meurtrie par le mur et mes jambes, elles, soutiennent difficilement mon poids. Je ne veux pas voir Saï et ses amis maintenant, je ne veux pas avoir à m’expliquer. Je ne veux surtout pas avoir à avouer ce genre de choses.

         Mon bras retombe le long de mon corps et je range mon portable. Je me sens particulièrement confus et l’aspect paisible de la nuit me déconcerte encore davantage. Comme si tout était irréel. Finalement je commence à marcher vers la résidence Crous. J’enverrai un message à Saï une fois arrivée afin de le rassurer. Mais je ne veux pas… je ne veux pas le voir tout de suite.

         Mon esprit est étrangement vide alors que je marche. Mon cul me fait atrocement souffrir alors mes pas se font de plus en plus lents. Malgré toutes les relations violentes que j’ai déjà entretenues aucune ne m’avait blessé de la sorte. Pourtant je me sens las plus choqué. Je n’essaie pas de conserver ma dignité et de lever les yeux, au contraire, je traine les pieds et me tiens d’une main les côtes malmenées par les coups de pied. Il n’y a personne dans cette rue vide pour me voir, il n’y a personne à impressionner, ici, il n’y a rien à prouver.

         J’aurai voulu pleurer afin d’évacuer cette douleur physique, mais c’est impossible. Je ne peux pas pleurer pour ce genre de chose. Je ne peux pas pleurer pour un viol. En revanche… Je sens mes mains recommencer à trembler au souvenir du couteau brandit vers moi. Les armes blanches ne m’ont jamais fait peur, si je n’avais pas craint cette lame, je les aurais battu, si je n’avais pas… Je n’ai pas besoin de réfléchir longtemps pour savoir d’où vient ma peur. Stephen ne s’est pas contenté de me poignarder. Sa haine et son désespoir ont pris la forme d’une lame qui a percé mon esprit aussi bien que mes chairs. 

         Je m’arrête un instant et lève les yeux vers un lampadaire jaune. Il m’éblouie, me submerge, pourtant dans la nuit sa lumière a quelque chose de particulièrement lugubre.

         Je mets de très longues minutes à atteindre la résidence et en gravit les escaliers avec difficulté. Je croise une étudiante qui me regarde bizarrement mais ne fait pas de commentaire et poursuit son chemin. Une fois devant la porte de la chambre je me décide enfin à envoyer un message succin à Saï qui l’informe que je suis rentré mais qu’il peut rester plus longtemps avec ses amis s’il veut.

         Il faut que je prenne une douche. Malgré ma réticence à utiliser les parties communes je ne me pose pas davantage de questions et me dirige vers les douches. Il n’y a personne à cette heure, heureusement. Je n’aurai pas eu envie de subir des regards interrogatifs. L’eau brûlante pique atrocement sur mes plaies. Elle ruisselle sur mon corps, caresse ma peau et veut se croire douce. Elle n’est pas douce, elle n’est pas douce et sa chaleur me fait trembler parce que j’ai froid.  Mais j’endure comme je peux. Je ne veux pas que Saï perçoive sur moi l’odeur de Zack, je ne veux pas qu’il remarque qu’il a posé les mains sur moi.

         Un simple peignoir sur le dos je regagne enfin la chambre et découvre la réponse de Saï sur mon portable : « Tu aurais dû me prévenir avant si tu étais fatigué et que tu voulais rentrer, j’étais inquiet ! Je vais rester avec les autres jusqu’à une ou deux heures du mat, j’essaierai de ne pas te réveiller en rentrant. »

         Il est minuit et demi. Savoir que Saï ne sera pas de retour dans l’immédiat me rassure, j’ai besoin d’être seul. Pourtant la solitude m’écrase, le silence est trop intense. Les halètements de Zack résonnent. J’ai besoin de réfléchir. Non, pas de réfléchir, j’ai simplement besoin de faire le point sérieusement sur ce que je ressens et sur ce que je dois faire. Il doit y avoir quelque chose que j’ai raté. Non, en fait, j’ai tout raté, rien ne va. Il faudrait pouvoir tout recommencer, il faudrait pouvoir tout effacer pour recommencer à zéro.

         Assis sur le lit je regarde distraitement par la fenêtre. Je suis épuisé mais je ne peux pas dormir. Je comprends à quel point je n’arrive pas à me sentir chez moi chez Saï malgré tout ce que je ressens pour lui et tout ce que je lui dois. Je me rends compte du malaise qui me possède. Il va bien falloir que quelque chose change pour que je puisse me relever, il va bien falloir que je change quelque chose.

         Je m’allonge finalement sur le côté, face au mur. Ou plutôt je me laisse tomber. Le lit est inconfortable et, vêtu uniquement de mon peignoir, je frissonne de froid. Je me glisse alors sous les couvertures et me recroqueville en position fœtale. Il faudrait vraiment que je dorme, j’ai besoin de me reposer. Je fixe le mur devant moi sans penser à rien, me concentrant sur la lenteur de ma respiration. Le silence fait résonner le moindre bruit, les ombres dessinent les contours de chaque objet sur le mur. Je les suis des yeux.

         J’ai dû finalement m’endormir car c’est le bruit de la porte qui se ferme qui me réveille. J’ai l’impression de ne m’être assoupit que quelques instants et ne me sens absolument pas reposé. La lumière s’allume et je devine que Saï rentre seulement. Le réveil indique deux heures et demie du matin. J’essaie de faire semblant de dormir et espère que Saï se couchera rapidement. Je le sens se glisser contre moi et glisser ses lèvres contre mon cou. Son haleine empeste l’alcool. J’ouvre finalement des yeux ensommeillés et murmure d’une voix rauque :

         _ Tu as bu ?

         _ Ouai, avoue-t-il, mais je commence à décuver.

         Il n’est en réalité qu’à moitié sobre et passe une main autour de ma taille, veut dénouer mon peignoir. Je pose une main sur la sienne et la repousse.

         _ Je suis crevé Saï.

         _ Et moi j’ai envie de toi, gémit-il.

         Il presse son corps contre le mien, plein de désir. Je sens contre ma cuisse son sexe qui ne demande qu’à être assouvit.

         _ Saï, fais-je avec plus d’insistance, je te dis que je n’ai pas envie.

         _ Mm, s’il te plait…

         Sa main remonte le long de ma cuisse pour atteindre mon entrejambe. Cette fois j’attrape son poignet avec plus de fermeté. Mon corps ne supportera jamais qu’on lui passe dessus une deuxième fois. Saï parait enfin comprendre, maugrée un peu puis m’enlace simplement par derrière, se collant contre mon dos. Il dégage une chaleur qui me réchauffe lentement.

         Il pose une main sur mon épaule et niche sa tête dans mon cou. Là il dépose quelques baisers de surface qui ne cachent aucune envie sexuelle mais une simple douceur amoureuse.

         _ Je t’aime.

         Le murmure s’échappe naturellement d’entre ses lèvres. L’atmosphère calme de la nuit et son taux d’alcoolémie doivent faciliter la déclaration à tel point qu’il ne se rend même pas compte de ce qu’il vient de dire.

         Quelque chose d’étrange se propage dans mon corps, une boule se forme dans mon estomac et une réaction de refus, presque automatique, s’enclenche aussitôt. Un frisson me secoue, une vague d’angoisse m’envahie. Je ne peux pas. Je ne peux pas et je ne sais pas pourquoi. Mais je n’ai pas besoin de savoir pourquoi, savoir que je ne peux pas est suffisant. Je me redresse. Saï, surpris, me regarde sans comprendre.

         _ Jun ?

         Je garde d’abord le silence, je ne sais pas quoi dire. Je m’éloigne de lui pour m’adosser au mur et baisse les yeux vers Saï. Il s’est redressé sur ses coudes et m’interroge du regard.

         _ Saï je… je crois que je vais accepter la proposition de ma mère.

         Ce n’est pas vraiment ce que je voulais dire, mais c’est la seule chose à faire.

         _ …Hein ?

         _ Si elle est toujours d’accord je vais sans doute aller vivre chez elle.

         _ Tu… quoi ?

         Je vois qu’il ne comprend pas. Il s’assoit finalement et me regarde intensément.

         _ Soyons réaliste, poursuis-je, j’ai besoin d’argent et elle peut m’en donner. Et puis, cette chambre est beaucoup trop petite pour deux. Je ne peux plus vivre ici.

         _ …Attends, tu as dit que tu refusais sa proposition, je ne comprends pas. Pourquoi est-ce que tu changes d’avis ?

         Sa voix est instable, à tel point que je m’en veux énormément sur l’instant. Mais je sais d’ors et déjà que ma décision est irrévocable.

         _ J’ai refusé parce que je ne voulais rien avoir à faire avec elle, mais c’est une réaction puérile. J’ai besoin de son aide.

         _ Mais tu… on ne se verra plus.

         Les pupilles dilatées, la voix faible, il a l’air d’un enfant qui essaie de se débattre.

         _ On se verra, ma mère n’habite pas si loin.

         Ma voix manque de conviction, elle ne serait même pas parvenue à me persuader moi-même. Pourtant Saï s’y laisse prendre. On croit facilement ce qu’on veut croire.

         _ Mais, qu’est-ce que tu vas faire chez elle ? Tu penses vraiment qu’elle paiera tes études ?

         _ Je ne sais pas encore exactement ce que je ferai. Je ne sais pas non plus si elle le fera mais c’est un risque à prendre.

         _ Jun, c’est…

         _ C’est une décision que je dois prendre. Ne prends pas un air aussi catastrophé, ce n’est pas la fin du monde. Mais être avec elle m’aidera sans doute à redémarrer ma vie.

         Saï hésite, ses yeux se tournent vers moi puis se baissent. Finalement il tend une main vers moi et veut caresser ma joue.

         _ Tu es blessé, remarque-t-il.

         _ C’est rien, fais-je en prenant sa main, je me suis cogné.

         _ Comment ça ? Tu as désinfecté ?

         _ Mais oui ne t’inquiète pas.

         Saï n’a pas l’air convaincu mais n’insiste pas. Je n’ai pas l’intention de lui montrer le reste de mon corps. De ce qui s’est passé ce soir il ne saura rien. Je me sens profondément désolé parce que je sais, au plus profond de moi, que nous n’avons déjà plus d’avenir commun. Et c’est moi, moi et moi seul qui détruit tout, une nouvelle fois. Parce qu’au fond, je suis déjà brisé. J’ai simplement toujours fait semblant d’avoir été convenablement recollé. Aujourd’hui j’ai fini par prendre conscience que les fissures et les cicatrices n’avaient jamais disparues. Aujourd’hui, tout a fini par voler en éclat.

         Ce n’est pas seulement à cause de mon viol. La faute en revient à principalement à la révélation de cette nouvelle phobie des armes blanches causées par mon agression, et à ce « je t’aime » que j’aurai pourtant dû prévoir. Mais parce que je suis un lâche qui sait pertinemment qu’il ne pourra pas supporter le poids de la signification de ses mots, qu’il ne pourra jamais en accepter le sens ni jamais les prononcer lui-même, je fuie par la porte de sortie la plus proche.

         _ Dors, fais-je, on reparlera de tout ça demain. Je suis fatigué.

         Saï hoche la tête, m’embrasse puis s’allonge. Je le laisse me prendre dans ses bras avec la sensation et la quasi-certitude qu’il s’agit de l’une des dernières étreintes que nous partageons. Ses bras sont pourtant agréables, si seulement je pouvais les accepter. Je suis désolé Saï, les choses auraient été beaucoup plus simples si je t’avais rencontré plus tôt.

        


     ...Sur ce coup je suis vraiment curieuse de voir vos réactions ;P ça va Cass, il a assez souffert à ton goüt? (je parie que non XD) Je suis sûre qu'il vous parait bizarre Jun, j'avoue qu'il me parait bizarre à moi aussi. Tout est très compliqué dans sa tête alors qu'avant tout était simple. Pour sa réaction vis à vis de Saï, en fait, il n'imagine pas l'idée que quelqu'un puisse être amoureux de lui, ce n'est même pas envisageable, il ne le supporte pas. Je sais, c'est bizarre... XD Mais le prochain chapitre ...XD j'en salive d'avance, niark niark. A quel point croyez vous que je peux être sadique? (quoi qu'en fait, pas mal de monde risque d'être content^^ mais j'arrête de spoiler)

Sinon je pars tout le weekend à la mer donc je ne pourrai pas répondre à vos commentaires à partir de jeudi jusqu'à Mardi, mais l'avantage c'est j'aurai tout le temps d'écrire, surtout que j'ai fini tous mes partiels :)

gros bsx à toutes! (n'hésitez pas à laisser un commentaire pour me dire ce que vous penser^^)

 


Par saya - Publié dans : Rose blanche (en cours)
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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 20:34

         _Alors, me demande Saï, tu as pu voir ta mère ?

         _ Mm.

         _ Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?

         _ Beaucoup de choses.

         _ Et ton… ton père, il est bien mort ?

         J’acquiesce sans le regarder, peu désireux de m’étaler sur le sujet et Saï respecte mon silence en ne posant pas davantage de questions. J’aurai aimé avoir un peu d’intimité pour réfléchir à toutes les révélations qui m’ont été faites mais la chambre est trop petite et je m’imagine mal demander à Saï de sortir. Aussi sociable que j’ai pu être je prenais la chambre dont je disposais, qui m’offrait la solitude dont j’avais besoin, comme quelque chose qui ne changerai jamais. Le silence du manoir, ses pièces vides et vastes, je réalise que je m’y sentais chez moi lorsque mon père était absent, qu’il s’agissait bel et bien de ma maison.

         Saï me caresse doucement la joue du bout des doigts et je lève les yeux vers lui. Je suis revenu presque aussitôt à la chambre après avoir vu ma mère et Saï est rentré en fin d’après-midi, après ses cours. Sur la plus petite des plaques électriques mobiles chauffe l’eau pour cuire les pâtes.

         _ Ça va ?

         Je hoche la tête et prends sa main. Je suis assis sur le lit et Saï prends place à côté de moi. Je peux sentir sa compassion et la compréhension dont il fait preuve. Je ne mérite pas tout ça. Il n’a pas mentionné Stephen depuis la dernière visite des policiers et ne me pose absolument aucune question. Est-il jaloux ? En colère ? Ou peut-être me fait-il simplement confiance ? En réalité j’ignore quasiment tout ce à quoi peut songer Saï alors que lui-même semble deviner la moindre de mes pensées avec une aisance presque terrifiante. En ce moment même ses yeux sont posés sur moi mais me sont indéchiffrables. Je n’ai jamais cherché à savoir ce que pouvaient bien songer les gens, ça ne m’a jamais intéressé, mais le silence de Saï et son regard m’intriguent à tel point que j’aimerai pouvoir lire dans ses pensées.

         _ Qu’est-ce qu’il y a ? Me demande-t-il.

         _ Rien.

         _ Menteur.

         _ …Ma mère m’a proposé d’aller vivre chez elle, fais-je pour ne pas révéler ce qui me tracasse réellement. Saï semble indécis durant une fraction de seconde.

         _ Tu veux y aller ? Questionne-t-il calmement.

         _ Saï ! M’indigne-je, vivre avec ma mère après toutes ses années ? C’est impossible.

         _ Je demandais juste, se justifie-t-il en bougonnant.

         _ …L’eau boue.

         Saï se lève et n’a qu’un pas à faire pour atteindre la casserole dans laquelle il verse les pâtes. Repas étudiant oblige. A la simple idée de ne manger rien de plus consistant tout appétit me quitte mais je ferais bonne figure devant Saï. Lui-même ne voit pas de difficulté à avaler quasiment la même chose à chaque repas. De toute façon, ce n’est pas comme si je savais cuisiner.

         Les pâtes plongées dans l’eau Saï les remue lentement puis lance distraitement :

         _ Demain soir je dois rejoindre quelques amis pour boire un verre, tu veux venir ?

         _ Demain soir ?

         _ Oui c’est vendredi.

         Je sens un malaise indéterminé m’envahir. En vérité j’ai envie de sortir, j’ai envie de sortir mais… La perspective de me retrouver en compagnie d’étudiants inconnus, qui plus est des connaissances de Saï, me met mal à l’aise. Je suis un habitué des boites bruyantes et des conquêtes d’un soir, pas des soirées entre amis à bavarder autour d’une bière.

         _ …Je ne sais pas… Je ne connais pas tes amis.

         _ Et bien tu les connaitras. Ils sont gentils et j’aimerais bien te présenter. Enfin tu sais, leur présenter mon petit ami.

         Saï est particulièrement concentré sur ses pâtes et ne me regarde pas. Tant mieux, je n’aurai pas voulu qu’il voit l’expression de mon visage. En fait, c’est peut-être pour ça qu’il ne regarde pas. Je comprends par sa proposition qu’il tente de me faire entrer dans son monde, dans son intimité, dans un univers que je n’ai jamais partagé et qu’il me demande d’apprécier. Ou du moins d’essayer à apprécier.

         Je ne veux pas. Intérieurement mon sentiment sur la question s’exprime clairement mais je réprime mon envie de le formuler. Je ne veux pas blesser Saï, mais je n’ai pas l’intention de rencontrer ses amis et de rigoler avec eux. Sans doute pense-t-il que me changer les idées me fera du bien, peut-être a-t-il raison mais ce n’est pas ainsi que j’ai pour habitude de me distraire. J’aurai besoin de me défouler, de baiser à n’en plus pouvoir jusqu’à tout oublier, jusqu’à oublier mon propre corps, mon propre nom, ma propre vie, jusqu’à me noyer dans un tourbillon de sensations de plaisir et de douleur. C’est toujours comme ça que je suis parvenu à m’amuser. Non, pas à m’amuser, c’était ma façon de me sauver. De fuir mais aussi de me préserver, de me protéger. Saï ne peut pas comprendre cette facette-là de moi.

         Pourtant Saï me fait cette proposition parce qu’il semble croire à un avenir commun, à un engagement. Je ne veux pas le blesser et, officiellement je n’ai aucune raison de refuser. Cette perspective m’empli toutefois de doutes et de craintes. J’apprécie Saï, peut-être même que je l’aime. Partager son lit est une extase et je lui dois plus que je n’ai jamais dû à quelqu’un. Entrer dans son intimité, dans son monde, dans son mode de vie, c’est autre chose.

         _Si tu veux, réponds-je en enfouissant mes pensées au plus profond de moi.

         _ C’est vrai ? Fait-il en se tournant vers moi, souriant. J’avais peur que tu dises non.

         _ …Pourquoi ?

         _ A cause de ton caractère de cochon, bougonne-t-il, mes amis sont gentils mais ils ne sont pas riches et… bon ils sont un peu spéciaux, tu verras.

         _ Merci pour le caractère de cochon, bougonne-je.

         _ Ah, tu n’es pas sociable non plus, rajoute-t-il.

         _ Jusqu’où est-ce que tu comptes m’enfoncer exactement ? Et je suis sociable.

         _ Tant qu’il s’agit de plans culs, j’en suis certain.

         _ Eh !

         Je vois bien que Saï me charrie et que ça a l’air de l’amuser drôlement. Faisant bonne figure je lui assène une bonne claque sur les fesses qui le fait rigoler, mais ne réponds rien. La soirée passe lentement. Nous mangeons tranquillement, allons prendre notre douche. Me laver dans les douches communes du bâtiment me révulse mais je n’ai guère le choix et j’endure comme je peux. En revanche ça n’a pas l’air de déranger Saï plus que ça. L’habitude, sans doute. Nous nous collons l’un à l’autre dans son lit en regardant un film et, lorsqu’il se termine, nous faisons l’amour. Saï est doux, presque amoureux. J’ai l’impression que nous avons perdu cette voracité et cette fougue de nos premiers ébats qui en faisait un acte si exceptionnel. La douceur est un bon sentiment, je m’y prélasse, mais la sensation d’avoir perdu quelque chose me colle à la peau.

         J’ai du mal à dormir. Le simple rideau qui obstrue la fenêtre n’est pas suffisant pour barrer le passage à la lumière des lampadaires en contrebas, or la lumière m’a toujours dérangé. J’aime dormir dans une obscurité totale. Le lit aussi y est pour quelque chose. Le matelas est beaucoup trop mou et nos poids réunis forment un creux dans lequel je glisse sans cesse. Saï s’est endormi depuis longtemps mais l’étroitesse du lit me dérange plus que je ne l’aurai imaginé. Si je fais le moindre mouvement à gauche, je tombe, à droite, il y a Saï. Et moi qui n’ai l’habitude que des grands lits.

         Saï se lève tôt et je fais semblant de dormir lorsqu’il quitte la chambre pour la fac. Enfin seul j’essaie de profiter du lit et de me reposer au moins quelques heures, la nuit a été longue et je suis épuisé. Je me réveille finalement vers treize heures et décide de me sortir du lit. Il y a un reste de pâtes dans le frigo et j’en fais mon déjeuner, n’ayant pas le courage de cuisiner. Je remarque par la même occasion que j’ai perdu beaucoup d’appétit depuis… et bien, ça doit être depuis l’incident avec Stephen.

         Ce dernier me revient à l’esprit comme un fantôme qui refuse de me laisser en paix. Je m’assois sur le bord du lit. Stephen doit être en prison à l’heure qu’il est. Il n’en sortira sans doute que pour le procès qui n’aura lieu que dans quelques mois. Les visites sont-elles autorisées ? L’idée d’aller le voir m’effleure un instant mais je finis par la repousser rapidement. Je ne saurais quoi lui dire, je ne saurais lui face. C’est tellement plus simple de fuir les responsabilités et les conséquences que de les affronter.

          Saï revient tôt, le vendredi n’est pas une grosse journée, et me parle de ses cours. Il a l’air heureux. Je souris quasiment à tout ce qu’il dit mais ne réponds pas souvent. S’il le réalise il ne le montre pas et ne perds pas sa bonne humeur. Nous mangeons sur le lit, nos assiettes sur les genoux, avant de sortir aux alentours de vingt-heure trente.

         _ Ça va ? Me demande finalement Saï, tu as l’air fatigué. Tu ne vas pas te défiler hein ?

         _ Mais non. Mets plutôt ta veste. On a rendez-vous à vingt et une heure non ? On va être en retard.

         Saï jure en jetant un coup d’œil à sa montre et nous sortons en vitesse. La nuit tombe et les nuages lourds de pluie assombrissent de plus en plus le ciel.

         Saï a donné rendez-vous à ses amis dans un bar dans lequel ils se retrouvent visiblement régulièrement, situé dans une des grandes rues de la ville. De loin l’établissement me parait petit et, de toute évidence, il l’est. Il s’agit presque d’un pub composé d’une petite salle, un comptoir et quelques écrans de télé dispersés. Quelques fumeurs discutent dehors. A l’intérieur une certaine foule se serre déjà autour de petites tables rondes. Tout le monde discute, tout le monde semble se connaître et Saï avance vers la porte d’un pas assuré. Moi, je regarde l’établissement avec un certain dédain. Je préfère les bars de luxe aux grands espaces, aux coins VIP, aux alcools hors de prix.

         _ Viens ! Je crois qu’ils sont là.

         Saï me traine à l’intérieur vers une table au milieu des autres et composée de quatre personnes, trois mecs et une fille. Ils adressent de larges sourires à l’attention de Saï qui distribue aussitôt une série d’accolades et fait la bise à la fille. Cette dernière à l’air plutôt banale, une fausse blonde habillée d’une veste et d’un jean. Le jeune homme à côté d’elle a des allures un peu gothiques avec son piercing au labret et ses vêtements noirs, mais là s’arrête sa singularité. Le deuxième en revanche semble relativement vieux, en tout cas, beaucoup plus que nous. Sa barbe de plusieurs jours doit sans doute le vieillir mais les traits de son visage ne peuvent pas mentir. Le dernier, un étudiant vêtu d’une veste de costume sobre et d’un jean droit, se lève pour accueillir Saï. Ce dernier doit attendre que je leur dise bonjour mais je prends le prétexte d’un homme qui me barre le passage pour éviter ce genre de défilé. Il acquiesce alors et me fait signe de m’asseoir à côté de lui.

         _ Alors c’est toi Junya ? Fait la fille, aussi mignon que Saï nous l’avait dit.

         Elle tend la main au-dessus de la table et je me vois obligé de la serrer.

         _ Elle c’est Sophie, m’apprends Saï, son voisin et aussi petit ami c’est Florian. Le vieux à côté s’appelle Mattieu, et le dernier Antoine.

         Ils me serrent la main chacun leur tour, accompagné de quelques mots auxquels je réponds par un sourire. Aussitôt la conversation s’engage sur les études et, lorsqu’on me pose la question, je réponds simplement : « économie ».

         Les enceintes diffusent du vieux rock et la fumée de cigarette s’engouffre par la porte ouverte. La salle est trop petite et des gens me bousculent sans cesse, ayant le don de faire grimper ma mauvaise humeur en flèche. Saï a l’air parfaitement dans son élément, plongé dans une situation familière et entouré de vieux amis. La musique n’est pas trop forte et ils discutent facilement de tout et de rien, ils se racontent des anecdotes, parlent de connaissances communes et des dernières sorties qu’ils ont fait ensemble. Saï m’oublie complètement et se plonge dans la conversation.

         Je me sens mal à l’aise. Où est passée ma répartie légendaire, mon caractère indomptable, et ces soirées où tout le monde tournait la tête vers moi ? Je sais me déhancher sur une piste, sûr de moi, je peux emballer n’importe quel mec ou fille dans de nombreuses conditions. Mais discuter comme de vieux amis autour d’une table ? Je ne sais pas quoi dire. Ma vie est trop différente de la leur. Je ne suis pas allé assez souvent à la fac pour pouvoir en parler. Même lorsqu’ils parlent de sexe Mattieu vante aussitôt la fidélité et l’amour, et dénigre ceux qui couchent un peu partout. Antoine semble avoir une opinion un peu différente et prends la défense d’un coup du soir de temps à autre. Florian se tourne alors vers moi :

         _ Et avec Saï ? Tu as eu beaucoup de petits amis avant lui ?

         _ Non, c’est le premier, réponds-je simplement.

         _ Oh, alors il t’a dépucelé ? Vous l’avez déjà fait ?

         Sophie lui donne un petit coup de coude et murmure :

         _ Ils ne sortent pas ensemble depuis longtemps…

         Saï lui, s’étouffe avec sa bière. Il en est déjà à sa deuxième.

         _ Jun ? Puceau ? On a baisé dès le premier soir après s’être rencontré en boite, et j’étais loin d’être son premier.

         Ma sexualité débridée ne m’a jamais fait honte, j’en suis même plus que fier et le regard un peu étonné de Mattieu me donne soudainement un léger sentiment de supériorité qui me fait sourire.

         _ C’est rare d’avoir une relation sérieuse avec quelqu’un qu’on a rencontré en boite, fait remarquer Sophie, mais Florian la coupe.

         _ Alors raconte nous avec Saï, c’est comment ? Qui est au-dessus ?

         Sophie veut encore l’arrêter mais je lui fais signe que c’est bon. Florian n’a pourtant pas l’air déjà bourré, en tout cas, ses questions m’amusent.

         _ça t’intrigue ?

         _ Saï est très réservé sur sa vie sexuelle, lâche-t-il, allez, je veux des détails !

         _ Moi je n’ai pas envie de savoir, grommèle Sophie.

         _ Saï est réservé ? Relève-je et le regardant.

         Il me répond d’un haussement d’épaule accompagné d’un petit sourire désintéressé.

         _ Il sait pourtant être… très expressif. Fais-je en insistant particulièrement sur le dernier mot.

         Florian rigole, Sophie fait la moue et la discussion part dans une autre direction. Saï s’amuse à écouter ses amis s’embêter gentiment et moi, je le regarde, j’apprends à le connaître dans cet univers étrange. Je n’avais jamais remarqué le côté réservé de sa personnalité. Pourtant, ici, il ne prend pas une part active dans l’échange et se contente de quelques mots de temps à autre. Son visage, en revanche, s’illumine souvent d’un sourire comme Florian vient de sortir une répartie bien placée.

           La salle est bruyante, les gens sont nombreux. Je me sens toujours mal à l’aise dans ce fourmillement qui ne fait pas partie de mon terrain de chasse habituel mais j’ai pourtant l’impression de me détendre peu à peu. Sophie à l’air gentille, Mattieu est un peu coincé mais Florian est très amusant. Saï a peut-être bien fait de m’emmener ici, tout compte fait.

         Durant un instant j’ai l’impression d’oublier Stephen et sa rancœur, mon père et ses mensonges, ma mère et son air pitoyable. Tous ces problèmes font partie d’un autre monde qui ne m’atteint pas ici, dans cette bulle de lumière et de visages souriants, les pupilles dilatées par l’alcool qui monte doucement. Etrangement, je ne ressens moi-même pas le besoin de boire et, bien que je sois particulièrement silencieux, je ne m’ennuie plus.

         Toutes les relations amicales que j’ai jamais partagées se sont réduites à des plans cul et à des regards méprisants. Dans ma solitude hautaine, retranché dans un manoir richissime qui ne m’appartenait pas et dans une fierté déplacée, je n’acceptais que les relations distantes et sans engagement, de celles qui se nouent et se dénouent, qui vont et qui viennent sans chercher à comprendre ce qui les emporte. Je n’ai jamais cherché à me fixer en amitié, je n’ai jamais recherché l’ami parfait auprès duquel me confier. Le mot même de confidence me semblait à double tranchant. Et Stephen… Stephen n’était pas un ami, pas plus qu’il n’était un amant. Stephen était autre chose, quelque chose que lui seul pouvait être sans que j’ai besoin de définir quelle était sa fonction exacte. Il était là, c’est tout.

         La soirée me semble d’un seul coup moins attrayante, le bruit m’étouffe, la foule me domine. Je me penche vers Saï et lui dit que je vais faire un tour dehors, refuse au passage sa proposition de m’accompagner. Il me faut bien deux minutes pour m’extirper du bar et gagner la rue. Les fumeurs s’y rassemblent et, n’aimant pas la fumée de cigarette, je m’éloigne un peu.

         Il fait maintenant presque totalement nuit et les diverses lumières des bars et lampadaires ont remplacé la lumière du soleil. La grande rue regorge de monde et de bruits divers auxquels s’ajoute le vrombissement des moteurs. Je reconnais un peu plus loin l’enseigne d’une petite boite où j’allais quelque chose, lorsque je n’avais pas envie de me perdre dans un endroit trop grand. La musique y était bonne et les danseurs généralement à mon goût.

         Je sens qu’un changement rapide et brusque s’opère en moi mais j’ignore toujours s’il est de bon augure. La boite de nuit semble me narguer de loin, au point de me donner l’impression de voir ma propre silhouette, un autre moi cruel, se déhancher pour m’y entrainer. Pourtant je ne fais pas le moindre mouvement et reste immobile sur mon trottoir. Seul mon regard, fixé sur l’ombre de ma tentation, dévoile mon trouble.  

         Je fini par baisser lentement les yeux, très lentement, jusqu’à ce que je me rende compte que je me perds dans l’observation d’un mur. Le fait est que je ne peux plus me perdre dans ce lieu de luxure, je n’en n’ai plus envie. Une part de moi me hurle que l’insouciance arrogance de mon ancienne vie reflétait ma personnalité profonde et qu’il s’agit là de tout ce que j’avais, tandis qu’une autre me pousse à retourner vers Saï et sa simplicité. J’esquisse un sourire imperceptible avant de tourner les talons.

         _ …Junya ?  

 

 


Héhé, voilà la barre symbolique des 20 chapitres dépassée!il n'y a qu'à la vie, à la mort qui avait réussi jusque là^^

Pour votre information j'ai un grooos partiel demain, j'ai encore pleins de truc à réviser, mais ma feignatise légendaire me pousse plutôt à glander sur le pc et à publier ce chapitre ;p d'ailleurs j'ai eu du mal à l'écrire celui-là, manque d'inspiration ;p Mais l'inspiration est revenue, miracle!

Pour ce qui est de Junya tout a l'air de bien se passer, mais vous croyez que je suis du genre à tout laisser bien se passer? niark niark

J'ai plusieurs idées d'autres fics pour 'instant, pour quand celle-ci sera temrinée, mais j'avoue que je ne sais pas laquelle creuser XD

Sur ce, fin du monologe du jour et merci à toutes celles qui lisent et commentent!

 

P.S, je sais, j'avais prévu de publier tous les dimanche, là c'est un peu raté XD



Par saya - Publié dans : Rose blanche (en cours)
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  • étudiante de 19 ans passionnée par l'écriture et le yaoi.
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Ce blog contiendra des fictions yaoi, c'est à dire qu'il mettera en scène plus ou moins explicitement des relations entre hommes. Aux homophobes, ou ceux qui ne seraient pas à l'aise avec ce genre d'écris, merci de quitter le blog et bienvenue aux autres.

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