_ Junya ?
Les trois visages qui me font face me sont familiers, j’en suis certain. Pourtant je n’arrive pas à leur associer un nom. Des coups d’un soir ? Une chose est sûre au vue de leur jean de marque et leur coiffure plein de gel, il s’agit certainement d’une tripotée de fils à papa.
_ Si c’est Junya, affirme l’un, je croyais que tu avais quitté la ville.
Ils sont tous les trois du même acabit, taille moyenne. Seul celui de droite semble particulièrement grand, à peu près du gabarit de Stephen.
_ Pourquoi est-ce que j’aurai quitté la ville ? Fais-je d’une voix lasse.
Je fais mine de les contourner mais celui qui vient de parler (je remarque au passage qu’il arbore toute une série de piercing sur l’oreille droite) me rattrape par le bras. Je baisse lentement les yeux vers sa poigne puis le fusille du regard.
_ Hey attend, fait-il, Fred crie partout que ton père t’a déshérité et que tu as fui la queue entre les jambes.
_ …Fred ? Ah lui ? Et ?
_ Et quoi ? Tu veux dire que c’est vrai ?
Le garçon aux piercings échange un regard étonné avec ses acolytes. Une belle brochette de bourges inutiles, en somme. Je me dégage d’un coup d’épaule et veux partir mais à nouveau l’un d’eux me rattrape.
_ Tu es pressé ? Si tu es tout seul viens avec nous.
_ Je suis pressé, lâche-moi.
C’est un ordre, de ceux que je lançai tout le temps lorsque je n’étais pas encore tombé de mon piédestal. Mais il faut davantage que la perte de mon héritage pour me destituer de ma fierté et mon arrogance.
_ Attends !
Celui aux piercings, je crois qu’il s’appelle Zack, me rattrape encore.
_ Fais pas ta pucelle, et arrête de nous regarder avec ces yeux hautains ! S’énerve-t-il. Sans le fric de ton père tu n’es absolument rien.
Je lui fais face et, nullement effrayé, approche mon visage à quelques millimètres du sien pour lui siffler d’un ton acide :
_ Je pourrai être le plus pauvre de la terre que j’aurai toujours plus d’importance que toi. Quoi ? Je suis sûr que tu veux juste attirer mon attention parce que tu as envie que je te passe dessus, hein ?
Zack m’attrape par le col.
_ Le seul qui veut qu’on lui passe dessus, c’est toi, rétorque-t-il. T’aimes ça si je me souviens bien, la violence, t’aimes qu’on te traite comme une chienne.
Je n’essaie pas de me dégager et garde un calme olympien qui le fait enrager davantage. Je sourie légèrement puis fait mine de détourner les yeux.
_ En quoi est-ce que mes goûts te regardent ? Ce n’est pas toi qui en profiteras de toute façon, fais-je de la voix la plus méprisante que je possède.
Il jure puis détourne un instant les yeux pour grommeler :
_ Ah c’est ça que je déteste chez toi, arrête de te prendre pour un roi. Tu crois qu’on n’osera pas te toucher ?
_ Essaie, susurre-je du bout de la langue.
_ C’est une menace ? Rie-t-il. Qu’est-ce que tu vas me faire hein ? Aller pleurer dans les jupes de ton père ?
_ Tu penses vraiment que mon père est le plus dangereux ?
Zack hurle presque, ma voix glisse comme un sifflement.
_ Ne lui parle pas comme ça, intervient le plus grand, je vais te refaire le portrait !
_ Max ! L’arrête Zack. J’ai une bien meilleure idée, il est bien temps qu’on lui apprenne les bonnes manières.
Zack semble fulminer de rage et m’entraine comme il peut. Je ne fais aucun effort pour lui résister et me laisse faire. Les deux autres m’entourent comme s’ils avaient peur que je cherche à m’enfuir. Mais n’ayez crainte, j’ai besoin de me défouler aujourd’hui, je ne vous ferai pas faux bon.
Nous atterrissons dans une rue déserte à cette heure, éloignée de la rue des bars. Quel manque d’imagination ! Mais un manque d’imagination qui reste efficace. Même si quelqu’un passe personne ne prendra le risque de me venir en aide. Comme si j’en avais besoin.
Zack me pousse contre le mur sans ménagement et crache :
_ Tu fais moins le fier hein ? Où est passé ton petit chien de Stephen ? Il n’y a personne pour te protéger maintenant.
_ Me protéger ? Reprends-je d’une voix cinglante, je n’ai jamais eu besoin de qui que ce soit pour me protéger, tu as oublié ?
Zack me gifle aussitôt puis affiche un sourire goguenard et fier de lui. Ma joue me brûle et mes cheveux s’éparpillent sur mon visage. En moi, quelque chose s’agite.
La seconde suivante mon poing casse net le nez de Zack qui tombe lourdement en arrière. S’ensuit une second de battement durant laquelle ses deux acolytes sont trop surpris pour faire quoi que ce soit. Zack se tord sur le sol et porte ses mains contre son visage douloureux.
Je profite de leur inattention pour me jeter sur le plus grand et lui assener un autre coup de poing. Plus résistant que Zack il se contente d’être déstabilisé et balance une droite en retour, que j’évite agilement.
_ Butez le moi ! Hurle Zack.
Le troisième, qui s’était accroupi près de lui, se redresse pour me faire face à son tour. Je suis coincé entre eux deux et le mur derrière moi. Impossible de reculer. Mais je n’y ai même pas songé. Je balance un coup de pied qui plie en deux le plus petit et sens l’instant qui suit deux mains puissantes m’attraper par les épaules et me jeter en arrière. Il est plus fort mais je me défends avec une hargne portée par une colère que je retiens en moi depuis de trop longues semaines. Ceux que je frappe prennent tour à tour le visage de mon père, celui de ma mère, de Stephen et même de Saï. Je veux me venger de tous ceux qui ont fait grandir ce malaise en moi, qui m’ont fait me sentir abandonné. Non, qui m’ont abandonné.
Tous deux essaient de m’immobiliser mais mon agilité me permet de leur glisser entre les doigts. Et lorsque l’un parvient à m’attraper le bras ou autre, je plante mes dents dans sa chair jusqu’au sang. Derrière eux Zack s’est à demi relevé et ne cesse de crier : « mais attrapez le, butez le ! » Le plus grand finit par arriver à se glisser derrière moi et passe ses bras sous les miens pour m’immobiliser. L’autre tente de m’atteindre mais je lui assène un coup de pied qui le fait hurler. Toutefois la poigne de celui qui me tient est trop puissante pour que j’arrive cette fois à m’en défaire facilement. Je m’agite dans tous les sens, donne des coups de pied mais rien n’y fait. Puis je vois la lueur sur la lame.
J’ignore ce qui s’est bloqué en moi mais quelque chose, indubitablement, a cessé de fonctionner à l’instant même où le troisième a sorti le couteau de sa poche. Un petit couteau à cran d’arrêt mais qu’il brandit devant lui pour me menacer. Je sens mon corps entier frémir et ai l’horrible impression de sentir à nouveau la lame s’enfoncer entre mes côtes pour déchirer mes chairs. « Si tu ne viens pas avec moi, tu n’iras avec personne. » Tout son se bloque dans ma gorge et mon visage prend l’image d’une expression désespérée.
Je me sens jeté à terre et les coups de pieds pleuvent aussitôt. Je dois me relever, je veux me relever. Relève-toi ! Je serre les poings mais mon corps refuse de m’obéir. Une peur sourde et viscérale gronde quelque part en moi. Je n’arrive pas à chasser la vision de cette lame dirigée vers moi dans une attitude clairement offensive. La terreur me tétanise. Des mains m’attrapent et me relèvent, deux coups de poings me projettent contre le mur. Je sens alors deux corps, deux pairs de mains me saisir les poignets et me maintenir contre la paroi.
_ Tu vas me payer ça, siffle Zack.
Le sang ruisselle sur son visage et la douleur perce facilement dans le timbre de sa voix. J’entends le cliquetis de sa ceinture puis deux mains viennent descendre mon jean jusqu’à mi-cuisse. J’essaie de me dégager, me débats, mais ne perçois que le rire vainqueur de Zack et de ses acolytes lorsqu’il me pénètre d’un coup de hanche brusque et m’arrache un cri de surprise. Ma joue râpe contre le mur de crépis à chaque coup de butoir et je me mords la joue pour ne pas crier. La douceur de Saï m’a fait perdre l’habitude d’endurer ce genre de violence.
Le temps s’étire, l’instant semble interminable. L’obscurité nous entoure et nous imprègne, nous ne sommes qu’une masse sombre et indistincte dans la rue. Zack joue des reins, il veut me faire mal, il est le genre de personne qui prend goût à la violence. Et physiquement, il réussit. Il a été particulièrement gâté par la nature et la pénétration, à sec, donne l’impression de me déchirer les entrailles. Ses halètements s’intensifient dans le creux de mon oreille et, fier de sa domination, il débite une série d’obscénités et d’insultes qui génèrent un rire moqueur autour de lui. Je serre les dents de rage, mais il est trop tard. Il est inutile de se débattre. Je ferme les yeux par instinct et pince les lèvres. J’attend.
Zack soupire d’aise et prends le temps de savourer son plaisir avant de se retirer et de refermer son jean. Fort du pouvoir dont il vient de faire preuve il pose une main sur ma tête et me caresse lentement les cheveux, avant de souffler :
_ Ton cul est toujours aussi bon Junya, il faudra qu’on se refasse ça un de ses quatre.
_ Crève, crache-je d’une voix rauque.
Sa main agrippe mes cheveux et claque ma tête contre le mur puis il s’adresse aux deux autres :
_ Vous voulez vous le faire ?
_ Ce n’est pas aujourd’hui que je me ferai un mec, répond le premier, ça va ton nez ?
_ Non, ça va pas, grommèle Zack. Je crois qu’il est cassé.
_ Allons à l’hôpital, on aura bien l’occasion de le finir une autre fois.
Zack acquiesce et les mains qui m’empoignaient me jettent à terre. Je reçois un dernier coup de pied avant d’entendre un rire bref et moqueur, avant que les pas ne s’éloignent.
Le trottoir est dur. Mon souffle est court, mes mains tremblent. Mon cœur déborde de haine. Ma gorge est sèche et, en voulant inspirer, je suis pris d’une quinte de toux.
Je fini par me lever doucement. Je grimace sous la douleur, vacille puis me rhabille tant bien que mal avant de m’appuyer contre le mur.
La rue autour de moi est toujours déserte. Une fois debout je la contemple un instant sans penser à rien. Ma colère s’apaise légèrement pour se changer en amertume. Mon souffle tremble, mes lèvres aussi. Elles inspirent un air au goût âcre. Quelle heure est-il ? Un coup d’œil à ma montre m’apprend qu’à peine une demi-heure s’est écoulée depuis que j’ai quitté Saï. En réalité tout s’est passé très vite.
Je sors mon portable et pense à l’appeler. Il doit être en train de me chercher et s’inquiète sans doute. Mais je sens un filet de sang couler sur ma joue meurtrie par le mur et mes jambes, elles, soutiennent difficilement mon poids. Je ne veux pas voir Saï et ses amis maintenant, je ne veux pas avoir à m’expliquer. Je ne veux surtout pas avoir à avouer ce genre de choses.
Mon bras retombe le long de mon corps et je range mon portable. Je me sens particulièrement confus et l’aspect paisible de la nuit me déconcerte encore davantage. Comme si tout était irréel. Finalement je commence à marcher vers la résidence Crous. J’enverrai un message à Saï une fois arrivée afin de le rassurer. Mais je ne veux pas… je ne veux pas le voir tout de suite.
Mon esprit est étrangement vide alors que je marche. Mon cul me fait atrocement souffrir alors mes pas se font de plus en plus lents. Malgré toutes les relations violentes que j’ai déjà entretenues aucune ne m’avait blessé de la sorte. Pourtant je me sens las plus choqué. Je n’essaie pas de conserver ma dignité et de lever les yeux, au contraire, je traine les pieds et me tiens d’une main les côtes malmenées par les coups de pied. Il n’y a personne dans cette rue vide pour me voir, il n’y a personne à impressionner, ici, il n’y a rien à prouver.
J’aurai voulu pleurer afin d’évacuer cette douleur physique, mais c’est impossible. Je ne peux pas pleurer pour ce genre de chose. Je ne peux pas pleurer pour un viol. En revanche… Je sens mes mains recommencer à trembler au souvenir du couteau brandit vers moi. Les armes blanches ne m’ont jamais fait peur, si je n’avais pas craint cette lame, je les aurais battu, si je n’avais pas… Je n’ai pas besoin de réfléchir longtemps pour savoir d’où vient ma peur. Stephen ne s’est pas contenté de me poignarder. Sa haine et son désespoir ont pris la forme d’une lame qui a percé mon esprit aussi bien que mes chairs.
Je m’arrête un instant et lève les yeux vers un lampadaire jaune. Il m’éblouie, me submerge, pourtant dans la nuit sa lumière a quelque chose de particulièrement lugubre.
Je mets de très longues minutes à atteindre la résidence et en gravit les escaliers avec difficulté. Je croise une étudiante qui me regarde bizarrement mais ne fait pas de commentaire et poursuit son chemin. Une fois devant la porte de la chambre je me décide enfin à envoyer un message succin à Saï qui l’informe que je suis rentré mais qu’il peut rester plus longtemps avec ses amis s’il veut.
Il faut que je prenne une douche. Malgré ma réticence à utiliser les parties communes je ne me pose pas davantage de questions et me dirige vers les douches. Il n’y a personne à cette heure, heureusement. Je n’aurai pas eu envie de subir des regards interrogatifs. L’eau brûlante pique atrocement sur mes plaies. Elle ruisselle sur mon corps, caresse ma peau et veut se croire douce. Elle n’est pas douce, elle n’est pas douce et sa chaleur me fait trembler parce que j’ai froid. Mais j’endure comme je peux. Je ne veux pas que Saï perçoive sur moi l’odeur de Zack, je ne veux pas qu’il remarque qu’il a posé les mains sur moi.
Un simple peignoir sur le dos je regagne enfin la chambre et découvre la réponse de Saï sur mon portable : « Tu aurais dû me prévenir avant si tu étais fatigué et que tu voulais rentrer, j’étais inquiet ! Je vais rester avec les autres jusqu’à une ou deux heures du mat, j’essaierai de ne pas te réveiller en rentrant. »
Il est minuit et demi. Savoir que Saï ne sera pas de retour dans l’immédiat me rassure, j’ai besoin d’être seul. Pourtant la solitude m’écrase, le silence est trop intense. Les halètements de Zack résonnent. J’ai besoin de réfléchir. Non, pas de réfléchir, j’ai simplement besoin de faire le point sérieusement sur ce que je ressens et sur ce que je dois faire. Il doit y avoir quelque chose que j’ai raté. Non, en fait, j’ai tout raté, rien ne va. Il faudrait pouvoir tout recommencer, il faudrait pouvoir tout effacer pour recommencer à zéro.
Assis sur le lit je regarde distraitement par la fenêtre. Je suis épuisé mais je ne peux pas dormir. Je comprends à quel point je n’arrive pas à me sentir chez moi chez Saï malgré tout ce que je ressens pour lui et tout ce que je lui dois. Je me rends compte du malaise qui me possède. Il va bien falloir que quelque chose change pour que je puisse me relever, il va bien falloir que je change quelque chose.
Je m’allonge finalement sur le côté, face au mur. Ou plutôt je me laisse tomber. Le lit est inconfortable et, vêtu uniquement de mon peignoir, je frissonne de froid. Je me glisse alors sous les couvertures et me recroqueville en position fœtale. Il faudrait vraiment que je dorme, j’ai besoin de me reposer. Je fixe le mur devant moi sans penser à rien, me concentrant sur la lenteur de ma respiration. Le silence fait résonner le moindre bruit, les ombres dessinent les contours de chaque objet sur le mur. Je les suis des yeux.
J’ai dû finalement m’endormir car c’est le bruit de la porte qui se ferme qui me réveille. J’ai l’impression de ne m’être assoupit que quelques instants et ne me sens absolument pas reposé. La lumière s’allume et je devine que Saï rentre seulement. Le réveil indique deux heures et demie du matin. J’essaie de faire semblant de dormir et espère que Saï se couchera rapidement. Je le sens se glisser contre moi et glisser ses lèvres contre mon cou. Son haleine empeste l’alcool. J’ouvre finalement des yeux ensommeillés et murmure d’une voix rauque :
_ Tu as bu ?
_ Ouai, avoue-t-il, mais je commence à décuver.
Il n’est en réalité qu’à moitié sobre et passe une main autour de ma taille, veut dénouer mon peignoir. Je pose une main sur la sienne et la repousse.
_ Je suis crevé Saï.
_ Et moi j’ai envie de toi, gémit-il.
Il presse son corps contre le mien, plein de désir. Je sens contre ma cuisse son sexe qui ne demande qu’à être assouvit.
_ Saï, fais-je avec plus d’insistance, je te dis que je n’ai pas envie.
_ Mm, s’il te plait…
Sa main remonte le long de ma cuisse pour atteindre mon entrejambe. Cette fois j’attrape son poignet avec plus de fermeté. Mon corps ne supportera jamais qu’on lui passe dessus une deuxième fois. Saï parait enfin comprendre, maugrée un peu puis m’enlace simplement par derrière, se collant contre mon dos. Il dégage une chaleur qui me réchauffe lentement.
Il pose une main sur mon épaule et niche sa tête dans mon cou. Là il dépose quelques baisers de surface qui ne cachent aucune envie sexuelle mais une simple douceur amoureuse.
_ Je t’aime.
Le murmure s’échappe naturellement d’entre ses lèvres. L’atmosphère calme de la nuit et son taux d’alcoolémie doivent faciliter la déclaration à tel point qu’il ne se rend même pas compte de ce qu’il vient de dire.
Quelque chose d’étrange se propage dans mon corps, une boule se forme dans mon estomac et une réaction de refus, presque automatique, s’enclenche aussitôt. Un frisson me secoue, une vague d’angoisse m’envahie. Je ne peux pas. Je ne peux pas et je ne sais pas pourquoi. Mais je n’ai pas besoin de savoir pourquoi, savoir que je ne peux pas est suffisant. Je me redresse. Saï, surpris, me regarde sans comprendre.
_ Jun ?
Je garde d’abord le silence, je ne sais pas quoi dire. Je m’éloigne de lui pour m’adosser au mur et baisse les yeux vers Saï. Il s’est redressé sur ses coudes et m’interroge du regard.
_ Saï je… je crois que je vais accepter la proposition de ma mère.
Ce n’est pas vraiment ce que je voulais dire, mais c’est la seule chose à faire.
_ …Hein ?
_ Si elle est toujours d’accord je vais sans doute aller vivre chez elle.
_ Tu… quoi ?
Je vois qu’il ne comprend pas. Il s’assoit finalement et me regarde intensément.
_ Soyons réaliste, poursuis-je, j’ai besoin d’argent et elle peut m’en donner. Et puis, cette chambre est beaucoup trop petite pour deux. Je ne peux plus vivre ici.
_ …Attends, tu as dit que tu refusais sa proposition, je ne comprends pas. Pourquoi est-ce que tu changes d’avis ?
Sa voix est instable, à tel point que je m’en veux énormément sur l’instant. Mais je sais d’ors et déjà que ma décision est irrévocable.
_ J’ai refusé parce que je ne voulais rien avoir à faire avec elle, mais c’est une réaction puérile. J’ai besoin de son aide.
_ Mais tu… on ne se verra plus.
Les pupilles dilatées, la voix faible, il a l’air d’un enfant qui essaie de se débattre.
_ On se verra, ma mère n’habite pas si loin.
Ma voix manque de conviction, elle ne serait même pas parvenue à me persuader moi-même. Pourtant Saï s’y laisse prendre. On croit facilement ce qu’on veut croire.
_ Mais, qu’est-ce que tu vas faire chez elle ? Tu penses vraiment qu’elle paiera tes études ?
_ Je ne sais pas encore exactement ce que je ferai. Je ne sais pas non plus si elle le fera mais c’est un risque à prendre.
_ Jun, c’est…
_ C’est une décision que je dois prendre. Ne prends pas un air aussi catastrophé, ce n’est pas la fin du monde. Mais être avec elle m’aidera sans doute à redémarrer ma vie.
Saï hésite, ses yeux se tournent vers moi puis se baissent. Finalement il tend une main vers moi et veut caresser ma joue.
_ Tu es blessé, remarque-t-il.
_ C’est rien, fais-je en prenant sa main, je me suis cogné.
_ Comment ça ? Tu as désinfecté ?
_ Mais oui ne t’inquiète pas.
Saï n’a pas l’air convaincu mais n’insiste pas. Je n’ai pas l’intention de lui montrer le reste de mon corps. De ce qui s’est passé ce soir il ne saura rien. Je me sens profondément désolé parce que je sais, au plus profond de moi, que nous n’avons déjà plus d’avenir commun. Et c’est moi, moi et moi seul qui détruit tout, une nouvelle fois. Parce qu’au fond, je suis déjà brisé. J’ai simplement toujours fait semblant d’avoir été convenablement recollé. Aujourd’hui j’ai fini par prendre conscience que les fissures et les cicatrices n’avaient jamais disparues. Aujourd’hui, tout a fini par voler en éclat.
Ce n’est pas seulement à cause de mon viol. La faute en revient à principalement à la révélation de cette nouvelle phobie des armes blanches causées par mon agression, et à ce « je t’aime » que j’aurai pourtant dû prévoir. Mais parce que je suis un lâche qui sait pertinemment qu’il ne pourra pas supporter le poids de la signification de ses mots, qu’il ne pourra jamais en accepter le sens ni jamais les prononcer lui-même, je fuie par la porte de sortie la plus proche.
_ Dors, fais-je, on reparlera de tout ça demain. Je suis fatigué.
Saï hoche la tête, m’embrasse puis s’allonge. Je le laisse me prendre dans ses bras avec la sensation et la quasi-certitude qu’il s’agit de l’une des dernières étreintes que nous partageons. Ses bras sont pourtant agréables, si seulement je pouvais les accepter. Je suis désolé Saï, les choses auraient été beaucoup plus simples si je t’avais rencontré plus tôt.
...Sur ce coup je suis vraiment curieuse de voir vos réactions ;P ça va Cass, il a assez souffert à ton goüt? (je parie que non XD) Je suis sûre qu'il vous parait bizarre Jun, j'avoue qu'il me parait bizarre à moi aussi. Tout est très compliqué dans sa tête alors qu'avant tout était simple. Pour sa réaction vis à vis de Saï, en fait, il n'imagine pas l'idée que quelqu'un puisse être amoureux de lui, ce n'est même pas envisageable, il ne le supporte pas. Je sais, c'est bizarre... XD Mais le prochain chapitre ...XD j'en salive d'avance, niark niark. A quel point croyez vous que je peux être sadique? (quoi qu'en fait, pas mal de monde risque d'être content^^ mais j'arrête de spoiler)
Sinon je pars tout le weekend à la mer donc je ne pourrai pas répondre à vos commentaires à partir de jeudi jusqu'à Mardi, mais l'avantage c'est j'aurai tout le temps d'écrire, surtout que j'ai fini tous mes partiels :)
gros bsx à toutes! (n'hésitez pas à laisser un commentaire pour me dire ce que vous penser^^)

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